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Les Jeunes, ces Prisonniers du Jeu Politique à Somme
Nulle: De la Guerre à la Reconstruction Nationale en Afrique |
l'aube du XXIè millénaire, trois phénomènes importants secouent l'Afrique et en ont
transformé sa figure, ses peuples et son histoire. (i) La fin de la guerre froide ayant entraîné la
libéralisation économique en Europe de l'Est, a ouvert la voie pour la prolifération des armes légères en
direction du continent africain. Elle lui a aussi retaillé une physionomie nouvelle où l'instabilité et l'insécurité
ont surgi avec cette fin de la géopolitique américano-soviétique ayant relâché des zones
qu'elle avait rattachées à d'autres pans du monde. (ii) La fin de la décolonisation qui avait mobilisé
les énergies de l'OUA sur ce continent, annoncée par la fin de l'apartheid et la lutte du
POLISARIO, est marquée par une crise multisectorielle sur ce continent où pauvreté et démocratie ne
riment point: (iii) le Programme d'ajustement structurel, PAS, et son libéralisme économique
autorisent à la globalisation d'opérer des ravages culturelles et économiques par sa vertu qu'est
la déconstruction de la Nation comme entité économique et politique forgée par la
modernité, entendue comme colonisation et lutte nationaliste : cette déconstruction s'opère à travers les
flux financiers, les économies des guerres civiles et la privatisation des industries dans ces pays où
la main d'uvre est la moins chère. Cependant dans cette nouvelle «carte du monde» et ses
donnes, l'Afrique apparaît sous la figure d'une entité consommatrice et exploitée moins que
celle productrice pouvant concurrencer d'autres continents sur le marché international. Ce
contexte invite enfin à repenser les paradigmes et la réflexion guidant à la lecture et à la compréhension
des réalités africaines, faites plus de guerres que de paix, de crises économiques que de
progrès démocratiques, de manipulations des groupes sociaux vulnérables par des élites que
d'imaginations politiques de leur part en vue non pas de résoudre les problèmes que ces groupes posent à
la société, mais elles peinent à leur tracer un programme de vie «viable» et
valide. Il transpire
aussi l'obscurantisme qui frappe les études sur les jeunes.
Cette catégorie sociale qui compose entre 40 et 50 % des populations urbaines d'Afrique est mal connue et mal définie. Pourtant, les échos médiatiques lui consacrent une grande publicité dans les conflits déchirant le continent. Les recherches et concepts relatifs au jeune qui sont truffés d'inepties et d'imprécisions ne sont pas questionnés pour pouvoir cerner son activité et sa culture. En attendant, cette catégorie sociale s'est déjà affirmée comme acteur politique.
Cette contribution voudrait souligner, par l'approche sociologique et politique, l'urgence et l'importance pour la sécurité et la stabilité continentale que pose le phénomène «jeune dans la guerre et dans la reconstruction nationale», à travers une lecture des formes de caporalisation de cet acteur - le combattant - dont l'ignorance ou l'oubli est à nouveau flagrant dans la planification et l'exécution du processus de changement de la société de guerre ( war torn society) vers une société de paix (peace torn society). Sans tomber dans l'idéalisme de la paix kantienne (Oneal & Russet 1999:1-37), cette intervention débute par une lecture des formes de caporalisation du jeune en cours sur le continent; suivie de l'analyse comparée des modèles du phénomène «démobilisation, désarmement et réinsertion» (DDR) du jeune en Afrique utilisés entre 1990 et 2000, débouchant sur une critique des modèles en place et une piste d'intervention. Une note sur les théories, concepts et champs de définitions impliqués dans ce processus DDR ouvre l'étude.
Théories, concepts et champs des définitions
Quatre champs d'études se mêlent lorsque l'on étudie les jeunes et le DDR en Afrique: le jeune dans la guerre, le DDR, la mutation de la guerre elle-même et les perspectives d'un changement positif du continent. Depuis la lutte des indépendances, le concept de jeune est des plus galvaudés et ne recouvre pas une catégorie sociale précise. Cette catégorie qui se profile entre 16 ans et 35 ans en Afrique, ne possède pas une base sociologique autonome et précise. Les parti uniques l'ont massifiée dans la jeunesse estudiantine, ouvrière et militante calquée sur la pyramide des organisations chrétiennes romaines: Jeunesse estudiantine catholique (JEC) et Jeunesse ouvrière catholique (JOC) dont les embranchements mineurs sont formés des jeunes regroupés dans le scoutisme et les divers mouvements féminins des guides et xavéries. Ces modèles visaient particulièrement à relayer les milices ethniques rurales et urbaines dans la mise en place de l'Etat-nation qui s'effectuait sous le contrôle du parti. Sous ce modèle de caporalisation partant de l'école maternelle à l'université et au monde du travail, enfants, adolescents, adultes et père/mère de famille se retrouvaient rassemblés dans le concept de jeun(ess)e du parti. Cependant, ce concept politique et politisé s'était écarté de son sens premier et scientifique. Il en soulignait plutôt la spécificité d'être un adulte en devenir caractérisant cette catégorie sociale nouvellement instituée. Cette définition insidieuse, stigmatisait surtout le poids de sa formulation et sa représentation juridique et civile sur celles sociales et civiques. Dès lors, le contrôle du jeune, ce militant à gagner ou ce potentiel fauteur de trouble - antirévolutionnaire, cadre mou, tiède, etc. - fut rendu possible; et son engagement en défaveur de la révolution pouvait être puni conformément à la loi du parti service civique, enrôlement dans l'armée autant qu'il engageait aussi la responsabilité de ses parents - sa famille - dans tout acte qu'il commettrait. Ainsi défini, le jeune devenait une proie facile à la disciplinarisation individuelle et collective en cas de révolte. La réprobation de la famille contre cet acte rangeait celle-ci du côté du parti et contre le jeune indigne. De plus, ce concept semait la confusion dans son entendement juridique, après que le parti aura sévi : il incarnait la trilogie «enfant-adolescent-cadet», dont la lecture anthropologique du dernier trait autorisait cette manipulation politique. Ainsi, cette catégorisation pouvait aussi échapper à toute législation internationale des droits de l'enfant: le recrutement d'enfants de 16 ans dans l'armée régulière est licite lorsqu'il relève de la formation militaire classique, selon la Convention des droits de l'enfant. Voici que les deux cadets anthropologique - issu de tradition africaine - et socio-juridique - né de la tradition universaliste et internationale - dînent à la même enseigne. Enfin, un phénomène ignoré est l'apparition de deux générations de jeunes dans la guerre d'Angola (1975- ) et du Mozambique (1976-1990), à la suite de celle du Rwanda (1963-1994) et du Congo-Kinshasa (1967-1997, 1998 - ). S'étendant sur une durée de près de 20 à 40 années, les réfugiés engagés dans l'armée de libération sont des jeunes qui n'ont pas vécu une vie d'adulte normale. Ils ont maintenu leur «jeunesse» dans les maquis et les camps militaires, où ils pratiquaient le métier des armes attendant de retourner ou de conquérir le pouvoir et faire valoir leurs droits. Cette jeunesse sociologique contrastant avec son âge réel - 40 à 50 années - n'est pas prise en compte dans la littérature ni dans le processus du DDR.
Une confusion persiste entre le DDR et la Reconstruction nationale, au niveau de la théorie et de la pratique. Ces deux phénomènes sont différents, décalés et peuvent se coupler dans leur réalisation. Le premier phénomène peut aisément contrarier la réalisation du second qui est, à l'instar du Plan Marshall, un processus visant essentiellement à reconstruire le tissu économique détruit lors de la guerre et la renaissance de l'Etat. Il implique aussi la poursuite des plans de développement pour tout le pays avec l'appui de la communauté internationale. Le processus dit DDR est une processus global de réintégration du combattant dans la vie civile consistant en trois étapes successives: la démobilisation et le désarmement, suivi d'une phase de transition où le démobilisé devient autosuffisant et confiant après une période de formation à l'emploi ou la possession d'une petite entreprise. La dernière phase, la réinsertion, est la plus complexe et la plus longue et la plus sensible. La démobilisation et le désarmement des combattants est un double processus allant de pair marquant la sortie de la période de guerre. Dans un premier temps, le DDR est inclus dans l'accord de paix signé entre l'Etat et les différentes factions en guerre. La sortie du maquis et la remise des armes qui sont des opérations purement techniques s'effectuant sous le contrôle d'une Commission, précèdent la réinsertion des ex-combattants. Celle-ci est définie comme étant le processus de changement du mode de vie de guerrier à celui de civil, impliquant que le sujet se range comme un sujet actif, productif et socialement accepté par la famille et la communauté. Ce processus est ainsi compris
We understand social reintegration as the reinsertion in the family and community, and the mental elimination of the perception of being (member of) a specific group; by economic reintegration, we understand the involvement in sustainable activities producing revenues, and the elimination of special material needs (to be provided by others) (Brito & Musshanhane , cité par Baptista Lunden 1998:105).
Cette phase connaît est un défi à long terme qui implique aussi la survie des familles et la stabilité sociale. Lorsqu'elle rate, elle rouvre les plaies d'un nouveau conflit où les ex-combattants sèment l'insécurité avec les armes contenues dans des cachées. Cependant, les démobilisés peuvent rencontrer des difficultés suivantes :
1. l'aliénation à la vie civile
2. l'information inadéquate sur les options et les programmes de réintégration
3. une consultation inadéquate
4. problème de disponibilité de terre et d'acquisition
5. difficultés à former un mode de vie et un emploi stable, incluant sa propre entreprise (ILO 1995a:3).
La dimension psychologique qui serait propre à l'Afrique noire, est formée d'un ensemble de mécanismes de structuration et restructuration identitaires: la communauté soumet le démobilisé revenu aux pratiques rituelles traditionnelles parachevant la réintégration sociale: il s'agit principalement des cérémonies de «lavage» du «meurtrier» ou du «soldat», du mariage tissant à nouveau les liens socio-familiaux et de la libération des esprits et curs du sujet de la communauté, dans une catharsis collective conduisant à la production d'une nouvelle identité du sujet réconcilié avec lui-même et avec la société ( Baptista Lundin 1998:104-118). Dès lors, le DDR s'annonce aussi un mécanisme de la prévention des conflits lorsqu'il est mené selon l'esprit du pardon de la famille et de la communauté, d'une part, et de l'autre, lorsque processus économique, il rend le démobilisé une personne adulte et responsable dotée d'un emploi stable. Tout danger du retour à la guerre est alors écarté puisque cette phase devient le dernier maillon pour boucler la chaîne du retour à la paix civile et durable.
Inversement, l'analyse de ce processus indique une fois de plus que se convertir en combattant ou milicien est avant tout un choix économique dû à la pauvreté et la crise multisectorielle frappant l'Afrique urbaine et rurale : les jeunes s'enrôlant dans les factions guerrières le font pour plusieurs raisons, mais celle fondamentale est la prédation ou la rétribution rapide. Bien que de questions de sécurité existentielle se posent pour certains groupes ethniques (Mathieu & Mafikiri 1998:385-416), I. Abdullah & Y. Bangura (1997), P. Richards (1995) ou J.C. Willame (1997) livrent des mobiles où les conflits socio-économiques et le manque d'emploi jouent un rôle principal dans l'enrôlement actif des jeunes rejoignant les milices. Cette condition de «jeune soldat» est différente de la condition de l'enfant soldat que A. Honwana (1998: 2-13) et G. Machel (1996) étudièrent. Toutefois, le contexte de production du jeune combattant n'est pas près de s'éteindre: au contraire, les perspectives de réduire la pauvreté et de créer un emploi pour tous en 2015 du PNUD ne trompent pas (UNDP 1999). Ce contexte rencontre et renforce la nature des guerres en cours sur le continent: ces guerres ne sont plus des guerres révolutionnaires à la Lénine, Mao et Castro ou Che Guevara recherchant à récupérer les terres et à arracher les paysans à l'exploitation des bourgeoisies nationales et de l'impérialisme. Au contraire, ces guerres se déroulent pour le contrôle des zones riches et l'accès au pouvoir. Elles ont instauré des économies de guerres civiles, où la conquête de pouvoir et le pouvoir d'enrichissement résident dans le contrôle de l'Etat ou d'une partie de son territoire le plus riche. Cette mutation des guerres a entraîné celle du concept d'enfant et de jeune, qui naguère étaient considérés comme la sécurité sociale pour les parents; ceux-ci se prennent pour des individus et participent pleinement à la globalisation localisée et son esthétique de sortir des logiques postcoloniales (Biaya 2000b). La structure de crise économique et la globalisation ont propulsé l'individualisation progressive des jeunes comme une forme d'urbanité face à la destruction des solidarités claniques et à leur remplacement par des mouvements associatifs plus neutres et impersonnels reposant davantage sur les compétences et sur l'engagement de l'individu que sur la solidarité communautaire irradiée par le sang de l'Ancêtre, dans la production.
Ce cadre théorique définit les limites de cette intervention.
La participation des jeunes au politique et aux guerres n'est pas un phénomène nouveau dans l'histoire du monde et particulièrement en Afrique. Aussi loin que remontent les études sur leur participation à l'aventure de la guerre, la figure de l'enfant, y compris le jeune, comme soldat frappe par sa prégnance 1. Et en Afrique, elle remonte à la forme de gouvernement qui régissait chaque société et à la structure de défense de la société acéphale ou étatique liée à la violence. Selon son modèle de formation politique, la société organisait une armée permanente ou temporaire. Cette dernière se réunissait soit pour défendre soit pour conquérir les états et les sociétés environnants ou lointains. Ce corps militaire reposait certainement sur des organisations et structures sociales telles les groupes et les classes d'âge, dont les diverses combinaisons permettaient une hiérarchisation militaire complexe. A cette première forme de violence défensive et offensive, se présente une seconde: la violence armée comme modèle de structuration de la société et base de la formation de l'identité des jeunes adultes dans la société où elle est un habitus2. Cette forme de violence guerrière intégrée dans le fonctionnement de la société inclut par exemple, chez les Suri du sud de l'Ethiopie, le vol du bétail et des moissons, les embuscades, les raids ou razzias s'achevant avec des morts. Cette violence dérangeante à portée minimale n'est analysée aujourd'hui, qu'en termes de conflit local. Elle repose pourtant sur le modèle combinatoire des deux paramètres sociaux: le groupe d'âge et la société des pairs associée dans la production de la personnalité adulte. Ces modèles de formations caporalistes précoloniales vont se métamorphoser au contact de la modernité et de la formation des Etats actuels sur le continent, dotés d'armées modernes et professionnelles. En certains endroits, elles vont évoluer sous des formes plus subtiles et entrer parfois en conflit avec l'Etat national, pour résulter dans les violences inattendues et difficilement acceptables au plan moral et humanitaire (Sierra Leone, Liberia, Rwanda, etc.) Toutefois, le jeune demeure l'acteur du changement social et politique dans les sociétés traditionnelles, à travers son contrôle du processus de médiation du changement: le passage pacifique du pouvoir d'une classe d'âge à l'autre s'il respecte un processus marquant un pouvoir gravitas évoluant per secula seculorum, celui du changement par la guerre et la violence que portent les jeunes aux vieux, avec les armes, la religion ou le pouvoir économique traduit la mise en place d'un pouvoir nouveau et jeune celeritas. Celui-ci prend différentes formes selon les sociétés (Balandier 1972, Last 1992: 375-399).
Cependant, des luttes de la colonisation à celles de la démocratisation, soit de 1954 à 2000, la participation des jeunes aux différentes guerres n'est pas encore documentée, mais elle laisse voir combien ce groupe social a été le fer de lance de ces violences. Ce chapitre d'histoire des indépendances invite à revisiter les différentes formes de lutte de libération se déroulant aux divers niveaux des conflits - local, national et régional -, pour mieux en cartographier la configuration et les différents enjeux dans la modernité et la globalisation. Cependant, la nature des violences et les formes de «formation armée» l'expliquent mieux: la violence au Liberia de S. Doe en 1990 ou celle d'Algérie de 1992 jusqu'à ce jour, dessinent deux formes violence de libération. La première est menée contre les Congos revenus d'Amérique et occupant la position du colonisateur (Galy 1998:533-553). La seconde est soutenue par le fantôme de la guerre de libération nationale, ancré dans les représentations populaires et associé à la violence du lien communautaire qui se double d'un retour des valeurs anciennes comme l'honneur, le djihad (Moussauoi 1998:245-269). Au-delà de l'expression d'une déstructuration - restructuration inachevée du «nous», elles témoignent des usages sociaux de la violence. Ces exemples peuvent se multiplier des maquisards de P. Mulele de la R.D. du Congo de 1963-1967 aux Mooryaan de la Somalie (1992-) et aux Cobras de Brazzaville (1994-1999).Ce qui est commun aux différentes violences, c'est la caporalisation des jeunes et leur transformation progressive en acteur politique (Biaya 2000b). Ce processus en soi connaît une histoire particulière en Afrique, que met à jour la fin de la décolonisation, puisque cet événement permet de dresser l'anatomie de la relation «jeune et pouvoir moderne».
Une certaine graduation s'énonce dans le processus historique des conflits à travers la formation des regroupements des jeunes et leurs usages par le pouvoir ou les différentes factions en guerre. Au-delà de l'armée régulière, qui est une force publique oeuvrant, idéalement, au service de l'Etat de droit, se positionne un ensemble de corps armés, aux différentes appellations dont la lecture lexico-sémantique ne dément pas sur les buts et visées affirmés des leaders politiques les ayant mis en place. Parfois, ces lexèmes ne sont que des tropes témoignant combien les formes de guerres ont changé suite au contexte national et international changeant aussi autant qu'ils cachent sous le boisseau les véritables ambitions des élites politiques.
L'histoire de la caporalisation des jeunes en Afrique moderne, démarre avec les formations politiques et les modèles de mobilisation des jeunes qu'elles montent pour les besoins d'accéder au pouvoir, de le conserver et construire l'Etat-nation. Ce processus des «Pères de la Nation» a connu diverses formes mais son fondement demeure le même: placer sous le contrôle du parti les différentes formes de mouvements de jeunesse. Mais, ce processus de caporalisation n'ira pas sans soulever l'ire de l'église ou de l'islam. Au Zaïre, l'Eglise catholique s'opposera à la sacralisation du pouvoir de Mobutu de 1971. Ce processus conduit à la nationalisation des écoles et à la suppression des structures culturelles de jeunes qui regroupaient 80% de la jeunesse nationale sous le contrôle de l'Eglise catholique (Biaya 1999b:144-168). Dès cet instant, les jeunes définis dans la fourche d'âge de 6 à 35 ans, sont enrôlés de gré ou de force, dans les structures de la jeunesse du parti unique allant de l'école primaire - les pionniers - à l'université et au lieu du travail, dont le parti-Etat assume le contrôle à travers les responsables des institutions d'éducation et des unités de production lesquels sont tournés en représentant du parti-Etat. Ils deviennent des animateurs de ce corps politisé et intégré dans la hiérarchie du parti. Le modèle éthiopien surprend par sa violence brutale et son militarisme avoué. Les jeunes, embrigadés mènent la terreur rouge et procèdent à l'extermination des partis politiques à Addis-Abeba, entre 1976-1981 (Bahru 1996). Sous ce régime socialiste, la mise en place des Urban Residents' Associations (Kebele), que gère la jeunesse du parti, aide à maintenir l'ordre et à administrer les villes. Cette entité administrative et politique sert aussi de point de distribution des denrées. La jeunesse, redéfinie dans la fourche d'âge de 15 à 30 ans, se retrouve enfermée dans le Revolutionary Ethiopian Youth Association, REYA, née en 1978. En 1983, ce corps mobilise de près 3.8 millions de jeunes sur une population totale de 9 millions, regroupés dans 20.700 associations de base.
L'armée de libération nationale
Dans certaines parties de l'Afrique australe anglaise et de l'Afrique lusophone qui étaient sous
le contrôle de la minorité blanche établie sur le sol national, le mouvement de l'indépendance
prit une forme particulière. Dans la première, les différents régimes raciste rhodésien avec Ian
Smith et l'apartheid en Afrique du Sud ou en Namibie, suscitent une forme nouvelle de lutte
pour l»indépendance contre la classe des tenants du pouvoir local et non contre la métropole, de
qui elle a hérité le pouvoir. L'armée de libération nationale recrute ses partisans qu'elle entraîne
pour la libération. En Afrique lusophone, la guerre est menée contre l'armée métropolitaine, même
si elle est basée au pays. Les jeunes gens et filles rejoignent ces formations militaires, où ils
reçoivent une formation militaire avant de rejoindre le front.
Le sanctuaire et la mutation des réfugiés en combattants
Cette formule définie par J. Nyerere, contre les textes légaux déterminant cette condition dans
le droit humanitaire, en 1966, s'est de plus en plus départie de sa formule initiale limitée
aux mouvements de libération, dont les membres étaient persécutés dans leur pays. Ils se
sont transformés en réfugiés dans les pays de la ligne de front. Ils prendront le fusil, s'entraîneront
et iront prendre le pouvoir national. Cette formule du militant bolchevique évoluera vers celle
du combattant ayant repris des traits du partisan, doté d'un sanctuaire dès 1981, lorsque
l'armée tanzanienne renverse Idi Amin et qu'elle replace au pouvoir Milton Obote. Sa direction
politique ne traduisant pas le nationalisme attendu et ses escadrons de la mort, firent naître
l'alternative d'une armée de libération nationale nouvelle formule: Museveni recruta des combattants,
des enfants et des jeunes - kadogo - qui l'aidèrent à prendre le pouvoir à partir du sanctuaire situé
en Tanzanie, quatre années plus tard. Cette formule devenue le «syndrome Museveni» se propagera
rapidement: l'Algérie aidera les Touaregs du Mali, Museveni soutient Kagame et le FPR
qui renversent Habyarimana en 1994; ces deux derniers appuient L. Kabila qui met en fuite à
son tour Mobutu, etc. La formule d'usage reste la même : recruter les jeunes réfugiés au chômage et
les former à la guerre.
La guerre de résistance
nationale
Les guerres de résistance en Afrique ont pris diverses destinées et s'installent à la faveur de
plusieurs facteurs. Elles partent du présupposé de l'exclusion de l'exercice du pouvoir pour des
motifs idéologiques ou géopolitiques, économiques et ethniques. Elles se déroulent dans les pays
ayant connu une guerre d'indépendance ou de libération nationale, seconde formule. L'UNITA et
le RENAMO sont soutenues par l'Afrique du Sud et l'Occident capitaliste pour renverser les
pouvoirs socialistes établis en Angola et au Mozambique. Cependant, il n'en va pas de même pour
les guerres d'exclusion ethniques suite à la conquête du pouvoir par les minorités tutsi au Rwanda
et au Burundi. Les Interahamwe, les ex-FAR et les combattants du FDD, d'origine Hutu,
veulent rétablir un pouvoir Hutu alors que la Lord's Resistance Army dans le Nord de l'Ouganda
se soumet à une Mission divine de libération.
La seigneurie de guerre; les milices urbaines et rurales dans la «démocratisation» du pouvoir
Le mouvement de la démocratisation a accéléré la fin des pères de la nation par
l'ouverture démocratique qu'il a imposée dans beaucoup de pays
africains. Cependant, il a aussi permis
à certains partis politiques de se doter d'un corps de jeunes désuvrés - urbains ou ruraux qui
se sont constitués en jeunesse des partis politiques. Ces jeunes ont rapidement été tournés en
milices armées des partis s'affrontant pour le pouvoir à Brazzaville. Ce corps constitué des militants et
membres du groupe ethnique du leader s'est aussitôt mué en faction sous le commandement
des leaders politiques. Les guerres de 1994-1997 opposent les Cobras de Sassou Nguesso aux
Cocoyes de Lissouba et Ninja de Kolelas reflétant la division du pas selon la géopolitique ethnique
congolaise. Ayant perdu aux élections de 1993, Sassou récupère le pouvoir par les armes rejoignant C.
Taylor (avec NPFL) et F. Sankho ( avec le RUF) dans la nouvelle classe des warlords. Cette
formule réussit en combinant la stratégie de sanctuaires - syndrome Museveni - à l'exploitation des
ressources nationales, pour financer la guerre abandonnant le pouvoir
idéologique au profit des gains économiques.
Les milices de l'armée : Kamajois militia; SWATF
Formule originale, elle a été mise en pratique par l'apartheid pour mieux détruire les fibres sociales de la société dominée namibienne. Elle dresse la carte des tactiques du diviser pour régner du pouvoir sud africain, dont une branche noire de son armée, la SWATF avait la mission de violer les combattantes et les villageoises namibiennes comme l'arme destructrice des liens sociaux et matrimoniaux. Par contre, l'armée sierra léonaise engagera les Kamajois, une milice au service de l'Etat, pour combattre aux côtés de l'armée régulière, les forces du RUF. Toutes les deux forces utiliseront des jeunes qu'ils formeront sur le tas.
La mercenarisation de l'Afrique et la première guerre continentale en RDC
Depuis la fin de la guerre de l'indépendance du PAIGC, les dépôts d'armes qui étaient
constitués dans les pays «révolutionnaires» seront mis à profit dans les différentes guerres civiles
que connaissent les pays de l'Afrique de l'ouest: le Sénégal, le Mali, le Niger, le Liberia, la
Sierra Leone, etc. Un corridor d'écoulement d'armes et de circulation des jeunes combattants
d'un point de guerre à l'autre a été ouvert; il inclut aussi le sud de la Libye et le nord du Tchad
embrigadant près de 15000 jeunes. Ce couloir semble s'étendre jusqu'au Soudan et à l'Ouganda. Il
ferait jonction avec le couloir d'Afrique centrale et australe, où les Interahamwe et les combattants
de l'UNITA s'affrontant par pays interposés, participent à la première guerre continentale, en
RDC et au Congo Brazzaville.
Place et rôle des jeunes dans le processus de DDR
Sortir de la guerre : quelle démarche ?
L'expérience africaine de la sortie de guerre est complexe et inachevée. Ces différents corps armés de jeunes désignent par eux-mêmes la complexité et la difficulté de tracer un modèle unique de sortie de la guerre pour le continent. Cette complexité réside à la fois dans les buts de la guerre déclenchée, les ambitions politiques des leaders et les revendications des jeunes y impliqués. Ces derniers trouvent rarement une solution satisfaisante. La problématique s'appréhenderait aussi en retournant la démarche questionnante : une fois la guerre finie ou la paix conclue, que deviennent les jeunes ? L'expérience varie alors d'une guerre à l'autre; les tentatives d'appliquer les processus de résolution si elles ont porté des fruits ici, là-bas, elles n'ont pu être transférées avec succès. Quant à la situation des jeunes, elle peut être analysée à travers l'évolution du processus dans les différents pays.
En pratique, la fin de la guerre s'est toujours traduite par le processus du retour à la paix, débutant par les négociations et médiations d'un cessez-le-feu qui est rapidement suivi des accords mettant en place les conditions d'un partage du pouvoir entre les factions combattantes et le pouvoir. Ce modèle de résolution de conflit respecte un ensemble d'étapes et de conditions qui tendent à se généraliser, depuis la fin de la guerre froide et la globalisation de la démocratisation: la mise en place d'une gestion transitoire composée des différentes parties, la conversion des factions armées en partis politiques et l'organisation des élections libres et justes débouchant par l'accession à la magistrature du pays de l'élu. Cependant, des dispositions particulières sont destinées aux combattants des différentes factions armées qui seront désarmées, démobilisées et réintégrées dans la société. Ce programme constitue la clé de passage d'une société de guerre vers celle de paix: sa gestion et son efficacité conditionnent la sortie de la guerre et l'instauration d'une paix durable.
Depuis 1985, selon le Secrétaire Général des Nations Unies (Annan 2000), près d'une trentaine
de guerres ont affecté l'Afrique. Bon nombre ont connu l'intervention des forces de maintien de
la paix, conformément au chapitre VI de la Charte des Nations Unies; mais d'autres ont connu
le support des Nations Unies dans le processus de transformation de la sortie de la guerre vers
une société de paix et stable. Cependant, des conflits ci-haut décrits, très peu s'en sont tirés à
bon compte avec des programmes DDR des jeunes. L'Organisation internationale du travail a
proposé un canevas de réintégration ou réinsertion (1995a). Cependant, sur le terrain, le processus
a fonctionné dans certains pays africains avec et/ou sans l'intervention des Nations Unies et de
la communauté internationale.
L'expérience de DDR des jeunes combattants
Tous les accords de paix font théoriquement une grande place à la démobilisation et au désarmement des combattants. Mais, en pratique, cette clause est des plus délicate car elle met fin à l'existence d'une faction armée et dépouille le leader de sa force offensive et dissuasive autant que celle assurant sa protection et sa survie politique. Dans la guerre du Mali, le pacte national détermina le pourcentage de combattants qui devaient être intégrés dans l'armée régulière, à condition qu'ils remplissent les conditionnalités d'acceptabilité. Ce critère imposa qu'une large partie de combattants des factions armées soit retournée à la vie civile. Cependant, la démobilisation fut acceptée et soumise à une prime que l'Etat versa à tout combattant, soit 150.000 f CFA, soit 300 US dollars. En Algérie, la grâce amnistiante a suivi le même procédé: les combattants de l'AIS sont soumis à un processus de réinsertion complexe; il s'applique différemment pour les dirigeants et pour les combattants. Les dirigeants du mouvement sont assurés de participer au pouvoir en place à travers le power sharing process, qui leur permettra de passer à l'action politique. Ils débuteront par créer un parti politique qui reprendra la place du Front islamique du salut, FIS sur la scène nationale. Ensuite, malgré la grâce amnistiante et la protection de l'Etat, le gouvernement algérien a trouvé une porte de sortie pour certains dirigeants craignant pour leur vie s'ils restaient au pays. Ces derniers seront expédiés vers les pays du Golf qui auraient accepté de leur octroyer un droit d'asile. Par contre, les combattants se voient offrir le choix entre le retour à la vie civile et la réintégration dans un corps supplétif de l'armée. La sortie du maquis des combattants pour la nouvelle vie civique, est compensée par une indemnisation. D'abord, chacun des 1200 combattants touchera une prime de démobilisation de 10.000 dinars, soit 250$ et, selon qu'il s'oriente vers la vie civile, sa réintégration progressive est garantie par une indemnité mensuellede 300 DA, soit 60$, jusqu'à son intégration socio-économique; tandis que le combattant qui a décidé de s'engager sur la voie militaire, il percevra un salaire de 15.000 DA, soit 300$, l'équivalent de la solde accordée aux membres des groupes d'autodéfense. Au Congo Brazzaville, le processus a pris une procédure longue avec deux accords signés dont le second semble exclure une partie des forces combattantes. Toutefois, un forfait devrait être remis aux chefs des milices pour qu'ils procèdent, à leur tour, à la remise de cette prime de démobilisation aux combattants. Cependant, le désarmement n'apparaît pas comme une condition ferme dans l'application des accords quand bien même ce texte le souligne.
Cette séparation en deux phases dites techniques distinctes que sont la démobilisation et le désarmement la troisième qu'est la réinsertion sociale par manque d'instaurer la période transitoire, conduit souvent à une impasse. Au Mali, la remise de la prime de démobilisation a suscité une interprétation divergente des masses paysannes : elles ont considéré ce pécule de démobilisation comme étant une prime du gouvernement aux combattants pour avoir tué les populations civiles, avoir empoisonné le puits d'eau, etc. Cette interprétation contradictoire souleva une seconde guerre qui opposa les milices locales MPMGK Sonrhai dite Gandakoy, les propriétaires des terres aux MFUA, forces de l'Azaouad, une faction guerrière touarègue démobilisée et non désarmée, semant la terreur et banditisme dans le Nord-Mali (Drabo & Mohamed 1997). Toutefois, la grande question demeure : qui finance cette opération dans les pays pauvres ? Au Mali, cette reprise de la guerre permit une réévaluation du Pacte national, une année après sa signature. Quant au Congo Brazzaville, cette question n'a jamais été résolue: les milices du Pool n'ont pas encore reçu leur prime de démobilisation. La réintégration des miliciens dans l'armée n'a pas dépassé le cadre de réemploi des cobras du Président Sassou Nguesso au détriment des Ninja et Cocoyes. Cependant, ceux qui ont réintégré l'armée son affectés à des tâches illégales mettant leur vie en danger. En lisant les deux processus, le décalage entre les diverses étapes de ce processus cache souvent l'agenda du plus fort, qui ramène le processus du DDR à une situation marquant son triomphe politique ou le réduisant à un pourboire, soit zero-sum game: le gagnant prend tout. Dès lors, la guerre reprend de plus belle, lorsque les élections n'ont pas eu lieu ou lorsque le partage du pouvoir ne satisfait pas certaines parties signataire de l'accord de paix. Tel fut le cas de la reprise de la guerre au Mali. La seconde guerre de 1977 au Congo Brazzaville relève en partie de ce schéma. Le processus de démobilisation en Algérie a pris un chemin cumulant les deux modèles malien et congolais mais il n'a pas échappé aux dérapages: les forces islamistes ont tenté d'exporter la violence en Tunisie.
Le second scénario est donné par l'exemple libérien, où après la signature des accords d'Abuja II, la mise en place du gouvernement de transition et la conversion des factions en partis politiques ont été réalisées. Ce processus ne s'est opéré simultanément avec le processus de démobilisation et désarmement avec placement des ex-combattants dans les camps. Par contre, la lenteur dans l'exécution du DDR visait à gagner du temps et témoignait de la méfiance mutuelle des factions malgré la signature des accords. Ce processus s'est également déroulé en Sierra Leone, après la guerre de 1994. Les jeunes combattants placés dans les centres de réintégration l'ont effectué en échange des armes, mais les structures d'accueils étaient insuffisantes ou manquaient de moyens pour retenir les ex-combattants alors qu'au Congo Brazzaville, aucune structure d'accueil n'a été organisée. L'armée procède au ramassage des armes et munitions. Cette différence dans l'approche réside dans la manière dont la gestion et la résolution du conflit se sont effectuées: dans le cas libérien et sierra léonais, l'ONU et la communauté internationale se sont portées garantes du processus et de son succès alors qu'au Congo Brazzaville, c'est le gouvernement du Seigneur de la guerre victorieux qui en porte la responsabilité.
Le troisième scénario est donné par la République centrafricaine, où les soubresauts des révoltes de 1996 et 1997 ne sont pas près de s'apaiser. La milice présidentielle devait être dissolue et refondue dans l'armée avec l'appui des Nations Unies. A la place une police de devait naître. Cependant, la reconstruction nationale qui est un plan si vaste et menée conjointement par le gouvernement et les Nations Unies que la réinsertion des ex-combattants, ne connaît pas encore de début de financement et d'exécution. Après les élections démocratiques et la fin de la MINURCA, les Nations Unies ont convoqué une réunion des bailleurs des fonds pouvant financer cette reconstruction mais l'argent tarde à arriver. Le président a réussi à calmer le peuple en promettant une injection de 10 millions de dollars pour ce programme provenant d'une autre source que du «Task Force» des Nations Unies. Par contre, la Banque mondiale révoltée et inquiète à la fois, exigea des explications au Chef de l'Etat sur cette source de financement et les conditions de remboursement.
Le quatrième scénario, qui se démarque de celui malien tout en lui étant partiellement semblable, est le programme mozambicain des Nations Unies. Le Plan de reconstruction nationale du Mali valait 2 milliards de francs CFA, il a pu être financé par la communauté européenne, l'aide des pays scandinaves, les Etats Unis, le PNUD, etc. à concurrence de la moitié, il a permis d'offrir aux ex-combattants une prime de démobilisation et, à travers le Commissariat au Nord, il poursuit les rencontres intercommunautaires visant à désamorcer toutes les tensions pouvant déboucher sur un conflit. Cependant, les fonds promis pour les petits projets de développement que les démobilisés avaient soumis à l'Etat, tardent à arriver. Avec le temps, les préoccupations nationales relatives à la décentralisation et la démocratisation ont supplanté les réalités du conflit entre Touaregs et Maliens sédentaires. Le partage de pouvoir en haut lieu a eu raison des combattants qui réclamaient une proportionnelle dans les fonctions, postes et forces armées. Tandis que le cas mozambicain qui est considéré comme un des cas réussis, ne soulève pas l'unanimité des chercheurs et analystes: le système de démobilisation a suivi la procédure établie par l'OIT séparant et articulant les trois phases du DDR. Les fonds récoltés par les Nations Unies ont été gérés et distribués aux démobilisés selon qu'ils choisirent de retourner dans le province d'origine ou en ville. Dans le premier cas, ils recevaient une pécule de démobilisation équivalent à six mois de salaire, un paquet de réinsertion ( outils, intrants, etc.) et une prime lui serait versé sur les 18 mois restants. Les démobilisés partis pour la ville connaîtront un sort différent. Outre la pécule de démobilisation, leur argent sera investi dans des entreprises qui les emploient les paient avec ces fonds. La somme allouée de 2000 dollars ou son équivalent par tête de combattant aura été de loin supérieur aux 300 dollars accordés à l'ex-combattant malien et payés en trois mensualités. Cette somme dérisoire n'a pu servir à grand chose. Par contre, elle indique combien la préoccupation humanitaire de la communauté internationale est sélective.
Le cas mozambicain est particulier puisqu'il est l'unique en Afrique où les Nations Unies se
sont investies complètement dans le processus. Comparé au cas libérien, celui-ci fait figure d'une
fuite en avant: le retrait immédiat de la communauté internationale après les élections laisse
profiler son intention de se débarrasser d'un cas par trop gênant suite aux questions de la
criminalisation des ressources nationales, dans laquelle était impliquée C. Taylor et ses accointances avec la
Libye, alors placée au banc des pestiférés de la guerre
froide.
Quid du jeune dans la reconstruction nationale
L'expérience de la sortie de guerre réussie n'est pas concluante pour le
jeune, à moins
qu'il n'appartienne à la classe du pouvoir. L'expérience africaine indique deux voies qui sont
suivies: lorsque la reconstruction nationale est une uvre totalement prise en charge par les
Nations Unies, un programme de réinsertion des jeunes se met en place sous le patronage de cette
institution qui garantit un processus de réintégration sociale par
l'emploi, la formation et la
consultation psychologique. Lorsque ce programme est l'uvre du gouvernement national, il n'arrive pas
à mieux s'occuper des jeunes, même s'il est placé sous les auspices des Nations Unies et de
ses agences spécialisées (PNUD, UNHCR, ILO, etc.) Cette absence d'implication de la
communauté internationale indique que les causes de l'intégration du jeune dans les guerres n'ont pas été
résolues. Au contraire, il a servi de chair à canon et de moyen pour les leaders politiques afin qu'ils
`atteignent leurs objectifs. Une fois que ceux-ci sont arrivés au pouvoir, selon le schéma de répartition
des «parts politiques» (political
shares), ils cessent de se préoccuper des jeunes. Dès lors, deux
scénarios apparaissent: les ex-combattants dont le parti a gagné les élections, sont convertis en armée
nationale obtenant un emploi - les freedom
fighters de C. Taylor - tandis que le reste des combattants
venus d'autres factions, sont abandonnés à leur triste sort, qui est pire que la situation d'avant la
guerre. Ces jeunes sont devenus des meurtriers, rejetés par leurs familles et communautés n'ont
d'autres choix que l'aventure des armes se convertissant en mercenaires. Le RUF a repris une partie
des combattants libériens autant Kabila fait usage des Interahamwe et des ex-FAR dans sa guerre. Le
second scénario est qu'une partie des ex-combattants est reprise dans l'armée et y poursuit
une carrière militaire honorable. Cette fraction de reconvertis est souvent infime lorsqu'elle
est comparée au chiffre global de combattants ayant participé aux guerres civiles. L'exemple de
la RENAMO fournissant moins de militaires que le FRELIMO atteste non pas l'iniquité
du programme de formation de l'armée nouvelle mais elle traduit la peur des ex-combattants dont
la faction a perdu de se retrouver en face de l'adversaire d'hier. Une troisième alternative
s'ouvre dans l'économie de la prédation que ces jeunes peuvent monter lorsque leur gouvernement
leur offre l'occasion d'aller faire la guerre dans un pays voisin. L'exemple des jeunes soldats Tutsi
de l'Armée de libération du Rwanda, ALR, partis au Congo en constitue une illustration.
Les affrontements dans la ville de Kisangani entre les soldats ougandais et rwandais cachent mal
la seconde face de la structure économique de guerre qu'est la criminalisation économique.
Ce processus consiste en la production, la commercialisation et l'exploitation des biens et des
services licites et illicites tout en respectant ou, au besoin, en renforçant la structure économique
existante.
Que devrait être le DDR pour les jeunes africains?
Théoriquement, le processus de construction de la paix - peacebuilding process - offre des chances aux pays sortant de la gue